La "tradition orientale" a produit l'aïkido traditionnel
Pas d'aïkido traditionnel : sans application de la tradition orientale
Hotou Taiyi en aïkido traditionnel Alain Peyrache sensei
Hotou Taiyi en aïkido traditionnel Alain Peyrache sensei
1. La tradition orientale dans l’aïkido : quantité/qualité
- Deux visions du monde :
-
celle de la tradition orientale (où la qualité, l’expérience
subjective et l’harmonie priment)
et celle de la modernité occidentale (où la quantité, la mesure et l’efficacité dominent).
L’aïkido, en tant qu’art martial japonais issu de la tradition orientale, est effectivement un laboratoire vivant où ces deux approches se rencontrent, s’affrontent ou se complètent. - 1. La qualité (ressenti) avant la quantité
-
- Pratique : En aïkido traditionnel, on ne compte pas le nombre de techniques répétées, mais on cherche la justesse du geste, la présence, la connexion avec le partenaire.
- Exemple : Un seul mouvement bien exécuté, avec une respiration, une intention et une posture correctes, vaut mieux que dix techniques bâclées.
- "10 000 suburi pour n'en faire qu'un seul juste ...."
- L’appréciation subjective
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- Le ressenti, l'appréciation personnelle peut être trompeuse et faussée par plein de paramètres c'est pourquoi il y a peut de vrai maitre (ceux qui se sont le moins trompés sur leur ressenti). C'est cela l'écueil et le danger, on ne le mesure pas mais c'est lui le moteur.
-
Ki : Le ki (ou tchi)
n’est pas mesurable, mais on apprend à
le ressentir, à l’apprécier par l’expérience.
On ne peut pas dire « tu as 30% de ki », mais on peut dire « ce mouvement est plein de ki » ou « ce partenaire est bien centré ». - Esthétique et efficacité : Une technique est jugée belle ou efficace non par des critères objectifs, mais par une sensation d’harmonie, de fluidité, de justesse.
- La transmission orale et corporelle
-
- Pas de manuel ayant un quelconque intérêt: L’aïkido se transmet par la démonstration, le contact, l’imitation, la correction physique. Le maître ne dit pas « fais 10 cm de plus », mais « sens la connexion », « respire ici », « laisse ton ki couler ».
- Expérience : La progression se mesure moins par des ceintures ou des diplômes que par une transformation intérieure, une meilleure perception de soi et des autres. C'est un parcours
- 2. L’influence occidentale moderne : la quantification de l’aïkido
- La standardisation, la normalisation sportive, la pire des choses
-
-
Grades et examens :
En Occident, l’aïkido a souvent adopté
un système de grades (ceintures) et d’examens, inspiré des arts martiaux
japonais modernisés (comme le judo).
Cela permet de mesurer une progression retreinte fictive et stupide, cela réduire la pratique à une accumulation de techniques incohérentes. - Critère mesurable mais sans intérêt comme indicateurs de connaissance : On compte le nombre de techniques connues, le temps de pratique, les stages suivis (soumission au système), etc. Ce que l'on peut mesurer...
-
Grades et examens :
En Occident, l’aïkido a souvent adopté
un système de grades (ceintures) et d’examens, inspiré des arts martiaux
japonais modernisés (comme le judo).
- La recherche d’efficacité immédiate
-
- Approche sportive : Certains clubs ou fédérations insistent sur l’efficacité martiale, la compétition (même si l’aïkido n’est pas un sport de combat), la performance physique.Approche sportive : Certains clubs ou fédérations insistent sur l’efficacité martiale, la compétition (même si l’aïkido n’est pas un sport de combat), la performance physique.
- Critère complètement subjectif : Une technique est jugée bonne si elle « marche » (C’est-à-dire si elle permet de contrôler le partenaire), même si elle manque de Fluidité ou d’intention énergétique. En fait tout est fait par celui qui subit qui donne l'apparence d'efficacité (Certains parlent de rôle d'uké c'est dire leur ignorance). Les sports martiaux modernes ne se privent pas de se moquer de l'aïkido justement à cause de cela.
- La rationalisation
-
- Explications techniques : En Occident, on aime décomposer les mouvements, les analyser, les expliquer de manière logique. Cela peut aider à comprendre, mais risque de perdre la dimension intuitive et énergétique de l’aïkido.
- Une des plus grandes stupidité et incompréhension Un art oriental fonctionne exactement à l'inverse, c'est dire l'ignorance de certains pratiquants d'aïkido qui trouvent génial ne faire n'importe quoi en appliquant leur culture occidentale souvent mal comprise, à un art oriental, rien de pire !
- 3. Comment retrouver la qualité dans l’aïkido aujourd’hui ?
-
Privilégier la pratique traditionnelle
- Choisir un dojo : Chercher un lieu où l’accent est mis sur le ressenti, la respiration, la connexion plutôt que sur la performance ou la quantité de techniques.
- Écouter les anciensle smaitres ceux qui ont une réelle connaissance : Les enseignants qui ont pratiqué avec les disciples directs de Ueshiba (comme Tamura, Nakazono, Saito, etc.) transmettent souvent une approche plus qualitative.
- Réapprendre à ressentir
-
- Méditation et ki : Pratiquer des exercices de centrage, ancrage, extension du ki, de respiration, de visualisation pour développer la perception du ki.
- Lâcher prise : Accepter que certaines choses ne s’apprennent pas par la force ou la répétition mécanique, mais par l’écoute et l’ouverture. En changeant à chaque répétition des paramètres conformes au principe orientaux et à ceux de l'aïkido enseigné par les grands maitres.
- Équilibrer quantité et qualité
-
- Répétition consciente : Répéter, oui, mais en restant attentif à chaque geste, chaque ressenti, à chaque respiration, à chaque interaction avec le partenaire.
- Moins mais mieux : Mieux vaut une séance courte et intense qu’une longue séance sans réelle pratique des enseignements fondamentaux.
- Se méfier des pièges occidentaux
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- Éviter la course aux grades : Les ceintures ne mesurent pas la qualité de la pratique.
- Ne pas chercher à tout expliquer : Certaines choses en aïkido (comme le ki) se vivent plus qu’elles ne s’analysent.
-
- Approche orientale : C'est appliquer les mêmes principes mais de l'autre côté en recevant la technique non pas en l'exécutant afin tu ne pas avoir une pratique incohérente qui empêche tout progrès et tout changement d'habitude. C'est l'étude du "ki no nagare".
- Approche occidentale sportive: C'est l'exact opposé. On peut être tenté de mesurer la « performance » (nombre de chutes, vitesse, résistance), mais on perd alors la dimension de confiance, de lâcher prise et de fluidité.
- 5. Conclusion : l’aïkido comme pont entre deux mondes
-
- L’aïkido est un miroir de cette tension entre quantité et qualité. En Occident, il est facile de tomber dans le piège de la quantification, mais c’est justement dans la recherche de la qualité, du ressenti, de l’harmonie, que réside la richesse de cet art.
- Ne jamais oublier le principe du yin Yang, ce que nous enseigne t’aïki et Hotou : ce que l'on gagne d'un côté on le perd la vitesse égale de l'autre. Ce que l'on gagne en quantité on le perd en qualité à vitesse égale
2. « L’homme entre ciel et terre »
- « L’homme entre ciel et terre » n’est pas une métaphore poétique : c’est une réalité cosmologique, éthique et corporelle. C’est la posture de base de tout être humain qui veut vivre en harmonie avec le monde. Et c’est de cette posture que naissent tous les arts orientaux — parce qu’ils ne cherchent pas à transformer le monde, mais à s’y aligner. » Cette idée, si elle est vécue, parle d’elle-même — bien au-delà des mots.
- 1. Comprendre le sens profond de « l’homme entre ciel et terre »
-
L’Homme comme Médiateur entre Ciel et Terre
Dans la tradition orientale (notamment chinoise et japonaise), l’être humain n’est pas vu comme un individu isolé, mais comme un pont, un lieu de rencontre entre le Ciel (le spirituel, l’énergie cosmique, le Qi ou Ki) et la Terre (le matériel, le concret, la nature). Cette idée se retrouve dans le taoïsme, le confucianisme, et bien sûr dans les arts martiaux comme l’aïkido.- Ciel = ce qui nous dépasse, l’invisible, l’énergie vitale, l’ordre cosmique.
- Terre = monde physique, la matière, la réalité tangible.
- L’Homme = celui qui harmonise ces deux forces, qui les fait circuler, qui les incarne.
-
Dans la tradition orientale (chinoise, japonaise, taoïste, shintoïste, confucéenne,
etc.), l’être humain n’est pas séparé du cosmos : il en est le médiateur vivant.
Il occupe une place centrale non pas par supériorité, mais par responsabilité : il est le pont entre le Ciel (Tian / Ten – le principe spirituel, l’ordre cosmique, qui évoque le yang, la qualité qui ne se mesure pas l’invisible) et la Terre (Di / Chi
– le principe matériel, la nature, qui évoque le yin, le concret, le mesurable, le quantifiable). -
Cela ne signifie pas que l’homme domine la nature ou reflète un dieu tout-puissant,
comme dans certaines lectures occidentales.
Au contraire, l’homme est en harmonie dynamique avec les deux pôles.
S’il vit en accord avec le Ciel (le Tao, le Ki, la Voie), il peut canaliser l’énergie céleste vers la Terre, et ancrer la sagesse terrestre vers le Ciel.
C’est une posture d’adaptation permanente, non de domination. Comment l’expliquer ?
- L’aïkido n’est pas une lutte contre l’autre, mais une recherche d’adaptation : comme l’homme entre Ciel et Terre, le pratiquant d’aïkido cherche à harmoniser les forces en présence, à rediriger l’énergie (Ki) sans la briser, mais à l'utiliser.
- Le mouvement vient du centre (hara) : c’est le point de connexion entre le haut et le bas.
-
La respiration et l’intention :
en aïkido, on ne force pas, on guide.
C’est une métaphore de la relation entre Ciel et Terre : l’humain ne domine pas, il canalise, il s'adapte à ce qui le dépasse et sur lequel il n'a aucune prise.
- 2. Cette vision imprègne tous les arts orientaux
-
-
En médecine chinoise :
le corps humain est un microcosme
reflétant les cycles du Ciel (saisons, astres) et les forces de la Terre
(éléments, climats).
La santé est l’adaptation entre ces influences. - Dans les arts martiaux (comme le taiji, le baguazhang ou l’aïkido) : le pratiquant aligne son axe vertical (entre ciel et terre), se tenant droit comme un arbre, raciné dans la terre, ouvert au ciel. comme suspendu par un fil... C’est dans cet alignement que naît le Ki (Qi), l’énergie vitale.
- Dans l’aïkido traditionnel, Morihei Ueshiba (O-Sensei)
disait souvent que l’aïkido est l’expression du mouvement du Ciel et de la Terre
à travers le corps humain.
Il ne s’agit pas de vaincre un adversaire, mais de rétablir l’harmonie universelle — et cela commence par l’alignement intérieur du pratiquant lui-même. -
Éviter les oppositions binaires (corps/esprit, matière/énergie) :
en Orient, tout est lié, tout circule.
Cela n'a aucun sens pour la tradition, ce sont simplement des couches différentes d'une même chose.
Il n'y a pas le corps d'un côté d'esprit de l'autre comme en Occident c'est une stupidité, un manque de connaissances pour la tradition. - En aïkido, comme dans la médecine chinoise, on apprend à incarner cette fonction : ni domination, ni soumission, mais harmonisation, adaptation.
-
En médecine chinoise :
le corps humain est un microcosme
reflétant les cycles du Ciel (saisons, astres) et les forces de la Terre
(éléments, climats).
- Attention à la simplification et caricature new Age,
-
- qui réduit le Ki à une « énergie positive » ou l’harmonie à un bien-être psychologique.
- Utiliser l’image du « pilier vivant » ou de « l’arbre humain »
-
-
« Imagine que tu es un arbre :
tes pieds sont ancrés profondément dans la terre, comme des racines.
Ta tête est ouverte au ciel, comme les branches qui reçoivent la lumière, la pluie, le souffle.
Ton tronc, c’est ton corps — stable, flexible, connecté.
L’énergie circule entre le haut et le bas.
C’est dans cette verticalité que tu es pleinement présence incarnée. » -
« Tiens-toi debout.
Respire profondément. Sens ton poids descendre dans tes pieds (terre).
Sens l’espace au-dessus de ta tête (ciel).
Ne pousse pas vers le haut, ne t’effondre pas vers le bas.
Reste centré, détendu, aligné.
C’est là que commence l’aïkido, la méditation, la guérison — dans cette posture juste entre ciel et terre. » -
L’Occident cherche souvent à définir
« ce qu’est » le Ki ou l’âme.
La pensée orientale parle plutôt de relations, de flux, de rythmes.
On pourrait dire : « Ce n’est pas ce que tu es, mais comment tu te tiens dans le monde.
L’homme entre ciel et terre, c’est celui qui sait écouter le mouvement du monde et y répondre avec justesse. »
-
« Imagine que tu es un arbre :
tes pieds sont ancrés profondément dans la terre, comme des racines.
- 4. Le rôle de l’aïkido dans cette transmission
-
-
L’aïkido, dans sa forme traditionnelle,
est une voie (dō), pas un sport.
Chaque technique, chaque déplacement, chaque respiration est une méditation en mouvement qui répète symboliquement et réellement le geste fondamental :
accueillir le Ciel, ancrer la Terre, agir depuis le centre (hara/tanden). -
Donc, plutôt que de vouloir « expliquer » intellectuellement,
inviter à ressentir cette verticalité sacrée
— par le corps, le souffle, le silence
— est peut-être la manière la plus fidèle de transmettre cette pensée sans la trahir. -
« L’homme entre ciel et terre »
n’est pas une métaphore poétique :
c’est une réalité cosmologique, éthique et corporelle.
C’est la posture de base de tout être humain qui veut vivre en harmonie avec le monde.
Et c’est de cette posture que naissent tous les arts orientaux
— parce qu’ils necherchent pas à transformer le monde, mais à s’y aligner. »
-
L’aïkido, dans sa forme traditionnelle,
est une voie (dō), pas un sport.
- Imagine une grande mer calme et infinie.
-
- C’est le Ki universel (ou Tao, l’Innommable), un océan d’énergie pure, immobile, sans forme, sans début ni fin. Tout existe déjà là, en potentiel, comme un rêve endormi.
- Un jour, une vague se lève. C’est le premier mouvement, le premier "cadeau" d’énergie : une étincelle jaillit de l’océan calme. Cette étincelle, c’est la vie qui commence à bouger, à s’exprimer.
- Puis la vague se divise en deux forces. L’une monte (le Yang : lumière, chaleur, mouvement, ciel), l’autre descend (le Yin : ombre, fraîcheur, calme, terre). Ensemble, elles dansent, s’attirent, se repoussent, et créent tout ce qui existe : les montagnes, les rivières, les arbres, les animaux, les humains… C’est le monde que tu vois autour de toi, le monde "manifesté".
- Mais la vague, un jour, retombe dans la mer. Tout ce qui a été créé (les étoiles, les forêts, les gens) retourne doucement à l’océan d’énergie. La vie n’est qu’un voyage : elle part de l’océan, prend des formes, puis y revient. Comme une respiration : on inspire (la vie apparaît), on expire (elle retourne à l’unité).
- L’homme est comme une goutte de cette mer. Il naît, vit, meurt, mais il n’est jamais vraiment séparé de l’océan. Il est immortel, car il n’est qu’une partie de cette énergie éternelle, qui change de forme mais ne disparaît jamais.
-
- Tout vient d’une énergie unique et calme.
- Cette énergie bouge, se divise, crée le monde.
- Tout retourne à l’énergie, comme une vague à la mer.
- L’homme est une étincelle de cette énergie, toujours liée à elle.
- C’est comme si tu étais une note de musique dans une grande symphonie : tu as ton moment, puis tu reviens au silence, mais la mélodie continue.
- Version quantique pour les amateurs
- science et spiritualité peuvent parfois se faire écho, chacune à sa manière.
-
1. Le Ki universel : le vide quantique
Analogie : Comme le Ki, le vide quantique est la source de toute manifestation physique, mais il n’est pas "chose" en soi. - 2. la brisure de symétrie
-
Au début de l’Univers, après le Big Bang, des symétries fondamentales se sont "brisées".
Par exemple, les forces de la nature (gravité, électromagnétisme, forces nucléaires) se
sont différenciées.
Ce processus peut être vu comme le "cadeau énergétique" : une
transition d’un état indifférencié vers un état où l’énergie commence à s’organiser à se
concrètiser.
- Analogie : C’est comme si l’énergie du vide se "réveillait" et commençait à prendre des formes distinctes.
- 3. Yin/Yang : dualité onde-particule et complémentarité
-
En physique quantique, les objets peuvent se comporter à la fois comme des ondes et
comme des particules (dualité onde-corpuscule).
Cette dualité rappelle le Yin et le Yang
:
- Yin : aspect onde (étendu, diffus, potentiel).
- Yang : aspect particule (localisé, manifesté, concret).
- De plus, en mécanique quantique, deux particules intriquées restent liées, quelle que soit la distance qui les sépare : ce qui arrive à l’une affecte instantanément l’autre. Cela évoque l’interdépendance du Yin et du Yang, toujours en relation dynamique.
- Analogie : Comme le Yin et le Yang, onde et particule sont deux facettes d’une même réalité, inséparables et complémentaires.
- 4. La manifestation : l’effondrement du vecteur d’état
-
En physique quantique, un système existe dans une superposition d’états possibles (comme
le chat de Schrödinger, à la fois mort et vivant).
Ce n’est que lors d’une mesure (observation) que le système "choisit" un état défini : c’est l’effondrement du vecteur d’état.
Cela peut être comparé à la "manifestation" : le passage du potentiel (superposition) à la réalité observable.- Analogie : Le monde manifesté est comme l’état observé, issu d’un potentiel infini de possibilités.
- 5. Le retour au Ki universel : l’entropie et l’unification
-
Selon le deuxième principe de la thermodynamique, l’Univers tend vers un état d’entropie
maximale, où toute énergie est uniformément répartie.
À très long terme, certains modèles cosmologiques prévoient un "Big Freeze" ou un "Big Crunch", où toute la matière et l’énergie pourraient retourner à un état indifférencié.
Cela rappelle le retour au Ki universel.- Analogie : Comme la vague retourne à la mer, l’énergie de l’Univers pourrait, à terme, retrouver son état initial unifié.
-
Attention :
Ces analogies sont poétiques et ne doivent pas
être prises au pied de la lettre.
La physique quantique décrit des phénomènes mesurables, tandis que le Ki et le Yin/Yang relèvent d’une philosophie métaphysique, mais toujours vérifié par l'expérience sur tou le monde depuis tous les temps et jamais prise en défaut c'est cela sa force.
Cependant, elles montrent que science et spiritualité peuvent parfois se faire écho, chacune à sa manière.
3. Les Trois Principes : Ciel – Homme – Terre (Sangen ou Sansai)
-
en aïkido
— Suwari-waza (la terre, le carré), Hanmi-handachi-waza (l’homme, le triangle)
et Tachi-waza (le ciel, le cercle)
— s’inscrit profondément dans une cosmologie orientale traditionnelle, notamment issue du taoïsme, du shintoïsme et de certaines influences bouddhistes esotériques.
Il reflète une vision holistique de l’univers, de l’être humain et de leur interaction. - 1. Les Trois Principes : Ciel – Homme – Terre (Sangen ou Sansai)
-
En Orient, notamment dans la pensée chinoise ancienne (Yin-Yang, Wu Xing) et dans les
arts martiaux japonais (comme le budo), on retrouve fréquemment la triade cosmique :
- Ten (天) – Ciel
- Jin (人) – Homme / Humain
- Chi (地) – Terre
- Tenchi nage : projection par l'union du ciel et de la terre
- Cette triade, appelée "Sangen" en japonais (ou "Sansai", les "trois éléments fondamentaux"), représente l’ordre cosmique : le Ciel (énergie, esprit, mouvement), la Terre (forme, matière, stabilité), et l’Homme qui les relie et les harmonise.
- L’aïkido, en tant que voie de l’harmonisation de l’énergie (ki), s’appuie sur cette triade pour structurer ses formes techniques et sa philosophie.
- 2. Correspondance avec les formes d’aïkido
-
Suwari-waza (座り技) – La Terre – Le Carré
- Position : Les deux partenaires sont assis en seiza (à genoux).
- Symbolisme : La Terre (Chi) : stabilité, ancrage, fondement. Le Carré : symbole géométrique de la forme, de la matière, de la structure fixe.
- Analogie : Être assis = ancré au sol, comme la terre. Le carré a des angles fermes → rigueur, discipline de base, apprentissage fondamental.
-
En Suwari-waza, on développe le hara
(centre énergétique inférieur), la stabilité du buste, et la racine.
C’est la base de la pratique, comme la Terre est la base du monde manifesté.
- Hanmi-handachi-waza (半身半立技) – L’Homme – Le Triangle
-
- Position : Tori (celui qui exécute la technique) est assis, Uke (l’attaquant) est debout.
- Symbolisme : L’Homme (Jin) : médiateur entre Ciel et Terre. Le Triangle : symbole de transformation, de tension dynamique, de volonté (pointe dirigée vers le haut).
- Analogie : L’homme est à la fois ancré (comme la terre, assis) et s’élève (comme le ciel, face à un partenaire debout). Le triangle représente l’équilibre instable mais actif : un esprit en mouvement, cherchant l’harmonie dans l’action.
- C’est ici que la volonté humaine entre en jeu : l’homme doit transcender sa position inférieure (assis) par la qualité de son ki, sa posture, et sa connexion avec l’adversaire. Il incarne la médiation cosmique.
- Tachi-waza (立ち技) – Le Ciel – Le Cercle
-
- Position : Les deux partenaires sont debout.
- Symbolisme : Le Ciel (Ten) : mouvement, fluidité, infinité, esprit. Le Cercle : symbole de l’infini, de l’harmonie, du ki qui circule sans rupture.
- Analogie : Le cercle n’a ni début ni fin → le mouvement de l’aïkido, irruptif mais sans heurt, suit des spirales et cercles continus. Le Ciel = inspiration, élévation spirituelle, liberté.
-
Dans Tachi-waza, on s’entraîne à harmoniser le mouvement avec
l’adversaire, à diriger sans opposer, à entrer dans le flux.
C’est l’expressionla plus libre et subtile de l’aïkido, proche de l’idéal du Takemusu Aiki (création infinie).
- 3. Racines philosophiques orientales
-
-
Taoïsme :
Le Ciel (Yang) et la Terre (Yin) s’unissent par le
Qi (énergie vitale), avec l’Homme au centre.
Le cercle représente le Tao, le carré la manifestation. - Shinto : Le monde visible (terre) et le monde invisible (ciel, kami) sont reliés par les humains, notamment par la pureté du geste.
- Bouddhisme ésotérique (Mikkyō) : Utilise souvent les trois mystères (corps, parole, esprit) et les trois formes géométriques sacrées (cercle, triangle, carré) dans les mandalas (ex. : le Sanzon Gyoho).
- Ainsi, ces formes d’aïkido ne sont pas seulement techniques : elles sont des méditations en mouvement, incarnant les principes cosmiques.
-
Taoïsme :
Le Ciel (Yang) et la Terre (Yin) s’unissent par le
Qi (énergie vitale), avec l’Homme au centre.
- 4. Vision unifiée de l’aïkido
-
Maître Morihei Ueshiba (le fondateur de l’aïkido) parlait souvent de “Aiki comme la voie
du Ciel et de la Terre”. Il disait :
- “L’aïkido est l’expression de l’unification du Ciel, de la Terre et de l’Homme.”
- Les situations de pratique — Suwari, Hanmi-handachi, Tachi — ne sont donc pas des catégories rigides, mais trois états de conscience et de connexion :
-
- Apprendre la base (Terre),
- Transformer par la volonté (Homme),
- S’unir au flux universel (Ciel).
-
- Ce symbolisme montre que l’aïkido n’est pas qu’un art martial : c’est une voie initiatique, où chaque posture, chaque mouvement, chaque forme est un reflet du cosmos et un miroir de l’âme.
4.Pour O-Sensei, l’aïkido n’était pas seulement un art martial
- Les kotodama (言霊, littéralement « esprits des mots » ou « âmes des sons ») et la calligraphie symbolique utilisée par Morihei Ueshiba (O-Sensei) sont au cœur de la dimension spirituelle et cosmique de l’aïkido.
- Pour O-Sensei, l’aïkido n’était pas seulement un art martial : c’était une manifestation vibratoire du divin, où le mouvement, le son, l’écriture et la respiration convergent dans une même danse sacrée.
- 1. Les Kotodama – Les âmes vibrantes des sons
-
Origine et sens
- Kotodama est une croyance shintoïste ancienne selon laquelle les sons purs (voyelles, syllabes sacrées) contiennent une puissance créatrice, une vibration divine.
- Dans la mythologie japonaise, les dieux ont créé le monde par la parole (comme dans bien d’autres traditions : le Verbe en christianisme, le Nāda en hindouisme).
- Les cinq voyelles japonaises — A, I, U, E, O — sont considérées comme les sons fondamentaux de l’univers.
- O-Sensei et les Kotodama
-
O-Sensei, profondément influencé par le shinto, le bouddhisme ésotérique (Mikkyō) et le
mouvement Omoto-kyo (secte syncrétique dans laquelle il fut initié), incorpora les
kotodama dans sa pratique.
- Il disait souvent : « L’aïkido est la danse des kotodama. »
- Il pratiquait le chant sacré (norito) en même temps que ses techniques, respirant les sons A-U-N (correspondant au AUM ou OM en sanskrit), symbole de la vibration primordiale.
- Les sons A (création), U (maintien), N (dissolution) reflètent les trois phases cosmiques (comme Brahma, Vishnu, Shiva dans l’hindouisme).
- Application dans l’aïkido
-
-
Dans certains dojos traditionnels
on expire fortement en "A" pendant l’exécution d’une
technique :
ce n’est pas un cri de force, mais une émission vibratoire pour purifier l’espace et unifier ki, corps et intention. - Le kiai n’est pas agressif (aïki)', mais harmonisant — il appelle le kotodama du "A", symbole de naissance, lumière, pureté.
- Le mouvement circulaire de l’aïkido = la forme visible du kotodama en action. Le son = la forme invisible.
-
Dans certains dojos traditionnels
on expire fortement en "A" pendant l’exécution d’une
technique :
- 2. La calligraphie symbolique d’O-Sensei
-
O-Sensei pratiquait aussi la calligraphie sacrée (shodo), mais pas comme un art
esthétique :
il la considérait comme une extension directe de l’aïkido.
Pour lui, écrire, bouger et prier étaient une seule et même chose. - Calligraphie comme budo spirituel
-
Il signait souvent ses calligraphies avec des termes comme :
- 「合気」(Aiki) – Harmonisation des énergies
- 「愛」(Ai) – Amour universel
- 「一」(Ichi) – L’Un, l’unité fondamentale
- 「円・三角・四角」(En, Sankaku, Shikaku) – Cercle, triangle, carré
- Ces trois formes géométriques apparaissent répétées dans ses écrits : 「円は天、三角は人、四角は地」 « Le cercle est le Ciel, le triangle est l’Homme, le carré est la Terre. »
- Symbolisme des formes dans la calligraphie
-
- Il dessinait souvent ces trois formes imbriquées ou superposées, parfois à l’intérieur du kanji 「武」(bu), qu’il interprétait non comme « guerre », mais comme 「cessation de la violence」 (d’après l’étymologie : « prendre la lance et la poser »).
- Dans certains de ses shodo, on voit le cercle englobant triangle et carré : cela signifie que le Ciel (esprit, amour, ki) unifie et transcende la dualité Terre/Homme, matière/forme.
- L’acte même d’écrire = aïkido immobile
-
Comme en suwari-waza, où l’on est assis mais puissant, la calligraphie exige :
- Ancrage au sol (terre)
- Alignement vertical (homme)
- Liberté du geste (ciel)
-
Le pinceau devient le prolongement du ki.
Le vide entre les
traits est aussi important que les traits eux-mêmes → comme le ma
(l’espace-temps sacré) en aïkido.
Pour O-Sensei, tout était vibration unifiée.
« Celui qui comprend le kotodama comprend l’aïkido. Celui qui écrit avec le cœur écrit avec le sabre du Ciel. »
- Le kanji 「武」 (bu en japonais, wu en chinois) est central dans la philosophie du fondateur de l’aïkido, Morihei Ueshiba (O-Sensei).
- Pour lui, ce caractère n’avait rien à voir avec la guerre, la violence ou la destruction — au contraire, il en incarnait la négation profonde et la transcendance spirituelle.
- 1. Composition du kanji 「武」
-
- 止 Kanji tome / shi S’arrêter, cesser, poser le pied (représente un pied ou l’arrêt)
- 戈 Kanji hoko / ka Lance, arme de guerre, instrument de combat
- Ainsi, graphiquement, 「武」 = « arrêter la lance ». Ce n’est pas « brandir la lance », mais l’arrêter, la poser, mettre fin au combat.
- 2. Origine historique et étymologique
-
- Le kanji 「武」 apparaît déjà dans les inscriptions oraculaires chinoises (époques Shang et Zhou, vers -1200 av. J.-C.).
- Les anciens le comprenaient comme la capacité à imposer la paix par la force morale, non par la destruction.
- Dans le classique chinois « Zuo Zhuan », o trouve la célèbre phrase : “止戈为武” (Zhǐ gē wéi wǔ) « Arrêter la lance, c’est le vrai sens du bu. »
- Cela signifie que le véritable guerrier n’est pas celui qui tue, mais celui qui met fin au conflit — par la sagesse, la compassion, ou la maîtrise de soi.
- 3. Interprétation d’O-Sensei
-
Morihei Ueshiba, profondément marqué par cette lecture, répétait souvent :
- « Le vrai sens de ‘bu’ n’est pas de frapper ou de tuer, mais de protéger toute vie. » « Le budo véritable est amour. »
-
Pour lui :
「武」 = protection de la Création divine.
Le sabre du vrai guerrier n’est pas une arme, mais un instrument de
purification, comme le sceptre rituel (shaku) des prêtres shinto.
Le véritable adversaire n’est pas l’autre, mais l’ego, la peur, la disharmonie intérieure.
Dans ses écrits, il associe souvent 「武」 à 「愛」 (ai – amour) : “Bu is Ai” (Le vrai art martial est amour).
- 4. Calligraphie d’O-Sensei : 「武」 comme prière en mouvement
-
Lorsqu’O-Sensei écrivait le kanji 「武」, il ne le faisait pas comme un simple mot, mais
comme un acte sacré :
- Il respirait profondément, centrait son hara, et laissait le ki guider le pinceau.
- Le trait du 「止」 (arrêt) était souvent ferme et ancré, symbole de stabilité éthique.
- Le trait du 「戈」 (lance) était fluide, sans agressivité, parfois même désarmé par une courbe douce — comme si la lance se transformait en branche d’olivier.
- Pour lui, écrire 「武」, c’était déjà pratiquer l’aïkido : un geste d’harmonisation, non de domination.
- 5. 「武」 dans le contexte de l’aïkido
-
L’aïkido se présente comme 「budo non-violent», et le kanji 「武」 en est le fondement :
- L’aïkido est donc le « bu » accompli : l’art de mettre fin au conflit avant qu’il n’explose, par la présence, l’écoute, et l’alignement avec le Ciel.
- 「武」 ne signifie pas ‘guerre’, mais ‘paix par la maîtrise’.
- Ce kanji est une invitation à cesser la violence intérieure et extérieure,
- à transformer le conflit en connexion,
- et à agir non pas contre, mais avec.
5. L’un des enseignements les plus profonds d’O-Sensei :
-
- Masakatsu Agatsu
— « La vraie victoire est la victoire sur soi-même »
— et son lien intime avec Takemusu Aiki, l’ultime expression de l’aïkido.
- Masakatsu Agatsu
- 1. Masakatsu Agatsu (正勝吾勝)
-
« La vraie victoire (masa-katsu) est la victoire sur soi (aga-tsu). »
- 正 (masa) : juste, vrai, authentique, aligné avec le Ciel (Ten)
- 勝 (katsu) : victoire
- 吾 (aga) : moi, soi-même (forme archaïque de « watashi »)
- 勝 (tsu) : gagner (forme verbale ancienne)
-
→ Littéralement : « La victoire juste est la victoire sur soi. »
Ce n’est pas une maxime morale banale : c’est le cœur de la voie martiale spirituelle.
- 2. Sens spirituel et pratique
-
Contre qui se bat-on ?
Dans la plupart des arts martiaux, on s’entraîne à vaincre l’adversaire. Mais O-Sensei disait :
« Il n’y a pas d’ennemi. Si tu vois un ennemi, regarde ton propre cœur. »
Le véritable « adversaire », c’est :- la peur
- la colère
- l’ego
- le désir de dominer
- la séparation (croire que l’autre est différent de soi)
-
Masakatsu Agatsu signifie :
tant que tu cherches à vaincre l’autre, tu es perdu.
Tu n’es véritablement libre que lorsque tu as pacifié ton propre esprit.
- En pratique dans le dojo
-
- Quand Uke attaque, Tori ne réagit pas par réflexe, mais par présence.
- S’il y a tension, résistance, peur → Tori a perdu, même s’il exécute une technique « parfaite ».
- Le vrai succès ? Rester calme, centré, ouvert — même face à la violence.
- C’est pourquoi O-Sensei disait que le vrai partenaire n’est pas aïte, mais le Ciel. Aïte n’est qu’un miroir qui révèle nos propres déséquilibres.
- 3. Liens avec les traditions orientales
-
- Taoïsme : « Celui qui se connaît soi-même est illuminé. Celui qui se maîtrise a la vraie force. » (Tao Te Ching, chap. 33)
- Bouddhisme : Le plus grand combat est contre les kleshas (passions afflictives : colère, désir, ignorance).
- Shinto : La pureté intérieure (kiyome) est nécessaire pour entrer en contact avec les kami (esprits divins).
- Masakatsu Agatsu est donc une formule universelle : la voie du guerrier intérieur.
- 4. Takemusu Aiki (武産合気)
- « L’aïki né du budo » ou « La création infinie à partir de l’harmonie du bu »
-
- 武 (take / bu) : l’art martial véritable (celui qui « arrête la lance »)
- 産 (musu) : donner naissance, engendrer, créer
- 合気 (aiki) : harmonisation des énergies (ki)
- → Takemusu Aiki = la capacité de produire spontanément, infiniment, des techniques en parfaite harmonie avec l’univers.
- 5. Qu’est-ce que Takemusu Aiki ?
-
Ce n’est pas une série de techniques apprises.
C’est un état d’être où :
- Le mouvement naît naturellement, sans pensée
- Il n’y a ni attaquant ni défenseur, mais un seul flux d’énergie
- Chaque technique est unique, adaptée au moment, à l’espace, au partenaire
- Le corps danse avec le Ciel
- O-Sensei disait : « Quand tu es uni au Ciel, chaque instant crée une technique nouvelle. »
- C’est l’expression vivante de Masakatsu Agatsu : seul celui qui a vaincu son ego peut créer sans intention, agir sans agressivité, protéger sans dominer.
- 7. Enseignement d’O-Sensei (citations clés)
-
- « Masakatsu Agatsu : celui qui cherche à vaincre les autres est faible. Celui qui se maîtrise est invincible. »
- « Takemusu Aiki n’est pas une technique. C’est la respiration du Ciel et de la Terre en toi. »
- « Quand tu es pur, chaque mouvement est prière. »
-
- Takemusu Aiki n’est pas un but à atteindre, mais une qualité à cultiver chaque jour, même dans les gestes les plus simples.
- L’aïkido ne se pratique pas seulement sur le tatami, mais dans chaque instant de la vie.
- Masakatsu Agatsu = le chemin : la victoire sur soi.
- Takemusu Aiki = le fruit : la création spontanée à partir de l’unité cosmique.
- Ensemble, ils forment la colonne vertébrale spirituelle de l’aïkido tel qu’O-Sensei l’a transmis : non pas un art de combat, mais une voie de paix incarnée.
- « Le vrai guerrier ne porte pas d’épée. Il est lui-même l’épée du Ciel — tranchante de pureté, douce comme la rosée. »
6. le coté yin de la transmission de l'aïkido "le kuden et les
densho"
- La tradition japonaise des kuden (口伝, transmissions orales) et des densho (伝書, rouleaux ou écrits secrets) est bien réelle dans de nombreux arts martiaux classiques (koryū). Ces documents, souvent poétiques ou cryptiques, contiennent des principes techniques, philosophiques ou spirituels réservés aux disciples avancés. Dans le cas de l’aïkido, fondé par Morihei Ueshiba (植芝 盛平, 1883–1969), la situation est un peu différente de celle des koryū traditionnels, mais on trouve tout de même des écrits et des poèmes qui jouent un rôle similaire.
- 1. La tradition des « secrets cachés dans les poèmes » : le kuden et les densho
-
Selon son avancée sur la voie, l’élève d’aïkido reçoit de la part du maître un
enseignement personnalisé, adapté à chacun et différent d’un pratiquant à l’autre.
Chacun franchit ainsi des étapes spécifiques qui correspondent à son propre cheminement
et à son efficacité à progresser.
Il existe toujours deux aspects : le yin /yang. Ce que l’on exprime à l’extérieur, pour les personnes qui ne font pas partie du dojo, reste général et accessible à tous, comme sur ce site. En revanche, certains enseignements plus profonds sont réservés à des élèves de confiance.
Le fondateur de l’aïkido, tout comme d’autres grands maîtres, a toujours procédé de cette manière, distinguant ce qui peut être partagé publiquement de ce qui doit rester confidentiel au sein du dojo. -
Dans les écoles martiales traditionnelles du Japon (koryū bujutsu), la transmission des
techniques et des principes supérieurs se faisait souvent de manière orale (kuden – «
transmission orale ») ou par l’intermédiaire de documents codifiés appelés densho («
écrits de transmission »).
Ces textes pouvaient inclure :- des listes de techniques,
- des préceptes moraux,
- des métaphores poétiques ou des allusions à la nature,
- des kanji à double sens ou des jeux de mots.
Le langage poétique ou symbolique obligeait l’élève à méditer, à expérimenter, à incarner le principe plutôt que de le comprendre intellectuellement. - 2. Morihei Ueshiba et l’aïkido : une rupture et une continuité
-
Morihei Ueshiba (1883–1969), fondateur de l’aïkido, n’appartenait pas à une école koryū
classique, bien qu’il ait étudié plusieurs d’entre elles (notamment le Daitō-ryū
Aiki-jūjutsu sous Takeda Sōkaku).
Cependant, sa vision était profondément spirituelle, influencée par :- le shinto (religion indigène japonaise),
- l’Omoto-kyō (secte shintoïste syncrétiste),
- des concepts taoïstes et bouddhistes.
Il préférait enseigner par démonstration, par métaphore et par poésie.
Ce qu’il a laissé, ce sont des notes personnelles, des calligraphies, des poèmes spirituels (dōka ou waka) et des discours oraux transcrits plus tard par ses élèves. - 3. Les « écrits secrets » de Morihei Ueshiba
-
Il n’existe pas de « livre secret » révélant des techniques cachées de l’aïkido comme
dans certaines koryū.
Cependant, Ueshiba a laissé des textes d’une grande densité symbolique, notamment : - a) Le Takemusu Aiki (ou Aiki no Kuden)
-
- Ce n’est pas un manuel, mais une compilation de ses enseignements oraux et de ses poèmes.
- Le terme Takemusu Aiki signifie « l’aïki qui jaillit spontanément de la vacuité du cœur guerrier ».
- Ce concept est central : l’aïkido n’est pas une technique apprise, mais une manifestation spontanée de l’harmonie universelle.
"Masakatsu agatsu — la vraie victoire est la victoire sur soi-même."
Cela revient à dire que le véritable adversaire n’est pas l’autre, mais l’égo, la peur, la rigidité intérieure. - b) Les waka (poèmes) spirituels
-
Ueshiba composait souvent des poèmes en japonais classique, imprégnés de références
shintoïstes.
Exemple :- Ame no naka ni Debout au milieu de la pluie,
- tachite shiru koto ce que je comprends,
- shin no michi c’est la Voie de la Vérité (ou du Divin).
— et le fait d’rester centré malgré elles est la véritable Voie (shin no michi). - c) La calligraphie « Aiki wa ai »
-
- Ueshiba écrivait souvent en grands caractères : 「合気は愛」 (Aïki wa ai = « L’aïki est amour »).
- Ce n’est pas une technique, mais une définition ontologique : l’aïkido, à son plus haut niveau, est fusion avec l’harmonie cosmique, et donc avec l’amour universel.
- 4. Nature des « secrets »
-
Les « secrets » de l’aïkido selon Ueshiba ne sont pas techniques, mais spirituels et
cosmologiques :
- L’unification du corps, du souffle (kokyū) et de l’esprit (kokoro).
- La dissolution de l’opposition adversaire/ami.
- L’alignement avec les forces du ciel et de la terre (tenchi musubi).
— d’où l’importance du keiko (entraînement répété) et de la relation maître-élève. -
Les écrits de Morihei Ueshiba : forme
Ueshiba n’a pas laissé de densho au sens classique (rouleaux secrets transmis en secret), mais il a produit plusieurs types de textes :- Poèmes (waka, tanka) : Il composait régulièrement des poèmes shinto ou bouddhistes, souvent en lien avec sa vision spirituelle de l’aïkido.
- Calligraphies (shodō) : Il a laissé de nombreuses calligraphies, parfois accompagnées de courts textes ou de phrases énigmatiques.
- Notes et discours : Recueillis par ses élèves, notamment dans des ouvrages comme "Takemusu Aiki" ou "Budo Renshū".
- Le "Takemusu Aiki" : Un recueil posthume de ses enseignements, incluant des dessins techniques et des aphorismes.
- 5. Comparaison avec les koryū
-
- Dans les koryū (comme le Yagyū Shinkage-ryū), les secrets pouvaient être des angles précis, des timings, des applications cachées (okaeshi-waza), transmis par makimono (rouleaux).
- Dans les écoles anciennes (comme le Kashima Shin-ryū ou le Daitō-ryū), les secrets techniques étaient parfois codés dans des poèmes ou des rouleaux (makimono). Ueshiba, lui, a plutôt laissé une philosophie et une méthode d’entraînement, en insistant sur l’éveil spirituel plutôt que sur des techniques cachées.
- Dans l’aïkido d’Ueshiba, le secret est dans l’état d’esprit, pas dans la forme. C’est pourquoi il disait souvent :
- « Mon aïkido n’a pas de forme. »
- À l’inverse de ses successeurs, qui se sont contentés de standardiser la pratique et ont cherché à transformer l’aïkido traditionnel en un sport.
- En résumé :
-
- Morihei Ueshiba, n’a pas caché des techniques dans des poèmes au sens littéral, mais a exprimé les principes profonds de son art à travers un langage symbolique, poétique et spirituel.
- Ces textes ne sont pas des « clés secrètes » à décoder, mais des miroirs invitant le pratiquant à se transformer intérieurement.
- Les écrits de Ueshiba sont moins des manuels secrets que des guides pour comprendre l’esprit de l’aïkido. Leur sens se révèle par la pratique, sous la guidance d’un enseignant expérimenté.
7. le Hotou (河圖, Hé Tú) et le Taì Yì (太乙),
- 1. Le Hotou (河圖, Hé Tú) : Le Diagramme du Fleuve
-
- Origine : Le Hotou est un diagramme cosmologique ancien, attribué à l’empereur mythique Fou hi
- Fou hi est souvent associé au Luo Shu (洛書), un autre carré magique, mais le Hotou est spécifiquement lié à la représentation des nombres et des forces cosmiques avant la manifestation.
- Forme : Il se présente comme une série de points noirs et blancs disposés en cercle ou en carré, représentant les nombres de 1 à 10, organisés selon une logique binaire et cyclique.
- Structure :
-
- Un cercle central (le 1, l’Unité, le Tao non manifesté).
- Deux cercles concentriques (le 2, la dualité Yin-Yang).
- La "bouche" ou l’ouverture : Cette déformation symbolise le passage de l’absolu (le Tao) à la manifestation. Le flux vertical (le "Té" ou 德, la vertu céleste) descend du ciel vers la terre, mais en entrant dans la manifestation, il est "déformé" par la bouche, c’est-à-dire par la parole, le langage, la limitation.
- Interprétation philosophique
-
- Flux créateur vertical : Le Tao (l’Infini, l’Indicible) se manifeste dans le monde par un mouvement descendant (du ciel vers la terre).
- Déformation par la bouche : Dès que le Tao est "nommé" ou "manifesté", il est limité par les mots, les concepts, le temps et l’espace. La "bouche" représente la parole créatrice, mais aussi la limitation inhérente à toute manifestation.
- Limite relative : Le Hotou montre que la manifestation, bien que limitée, contient encore une trace de l’infini (le cercle central). Il est donc "moins limité" que d’autres symboles, car il inclut à la fois l’unité et la dualité. Le manifesté produit par le non manifesté.
- En résumé : Le Hotou symbolise la transition entre l’absolu et le relatif, entre le Tao et le monde. Il rappelle que toute description du Tao (même par les dieux ou les sages) n’est qu’une approximation, car le Tao lui-même transcende toute forme.
- 2. Le Taì Yì (太乙) : Le Grand Un
-
Description et symbolisme
- Origine : Le Taì Yì est un concept central dans le taoïsme et le Yijing (Classique des Changements). Il représente le principe suprême, l’Unité avant la dualité Yin-Yang.
- Forme : Souvent représenté comme un cercle ou un point central, parfois entouré de symboles Yin-Yang, mais toujours dans un cadre clos.
- Signification :
- "Enceinte complètement close" : La manifestation est un système fermé, soumis aux lois du temps et de l’espace. Le Taì Yì est le principe qui engendre le Yin et le Yang, mais il est lui-même contenu dans la manifestation.
- Le "a" (一) : Le petit cercle central, l’Un, produit le 2 (Yin-Yang), puis les dix mille êtres.
- Jeu du Yin-Yang : Le Taì Yì est le mouvement même du Yin / Yang, leur interaction dans la manifestation.
- Interprétation philosophique
-
- Limitation : Le Taì Yì est déjà dans la manifestation, il en est le moteur, mais il ne peut pas en sortir. Il est le "grand Un" qui se déploie en dualité, mais reste prisonnier de son propre cadre.
- Différence avec le Hotou : Le Hotou inclut encore une dimension "transcendante" (le flux vertical), tandis que le Taì Yì est entièrement immanent, c’est-à-dire dans le monde.
- En résumé : Le Taì Yì est le principe actif de la manifestation, le jeu du Yin-Yang, mais il ne peut pas représenter l’absolu lui-même, car il est déjà dans le relatif.
-
Symbole Hotou (河圖) Taì Yì (太乙) Niveau Transition entre absolu et relatif/td> Manifestation pure Limite Moins limité (contient l’Un et le Deux) Plus limité (jeu du Yin-Yang) Rôle Montre la "chute" du Tao dans le monde Montre le fonctionnement du monde Représentation Flux vertical + déformation Cercle clos, dualité en mouvement - 4. Référence au Tao
-
La difficulté à décrire le Tao rappelle une idée clé du Tao Te King :
- « Le Tao qu’on peut nommer n’est pas le Tao éternel. » (道可道,非常道)
- Le verbe n’est pas le mot : Le Tao (l’absolu) ne peut être saisi par le langage ou les symboles. Dès qu’on le nomme, on le limite.
- La manifestation est un cadre : Comme le dit le taoïsme, tout ce qui est dans le monde est soumis au cycle du Yin-Yang, même les dieux ou les archétypes.
- 5. L’Infini et le Limité
-
- Hotou : Montre comment l’infini (le Tao) entre dans le fini (la manifestation), mais reste toujours "au-delà".
- Taì Yì : Montre comment le fini fonctionne, mais ne peut pas sortir de son propre cadre.
- En pratique :
- Le Hotou est une porte entre l’absolu et le relatif.
- Le Taì Yì est le mécanisme du relatif.
- L’application des concepts du Hotou (河圖) et du Taì Yì (太乙) à la pratique martiale, et en particulier à l’aïkido, offre une clé pour comprendre comment le pratiquant peut incarner une harmonie entre l’absolu et le relatif, entre la source (le flux vertical) et la manifestation (le jeu du Yin-Yang).
- 1. Le Flux Vertical (Hotou) : Se Relier à la Source
-
Symbolique dans l’aïkido
- Le Hotou représente le flux créateur vertical, la descente du ki (énergie vitale) du ciel vers la terre, avant toute dualité.
- En aïkido, cela correspond à :
- L’état de mushin (無心, non-esprit) : Un état de conscience pure, sans attachement, où le pratiquant est ouvert à l’énergie universelle.
- Le kokyū (呼吸, respiration) : La respiration profonde et naturelle, qui relie le pratiquant au ki du ciel et de la terre.
- La posture shizentai (自然体, posture naturelle) : Être ancré, centré, comme un arbre dont les racines puisent dans la terre et les branches s’élèvent vers le ciel.
- Exemple technique : Quand tori (celui qui projette) entre en contact avec aïté (celui qui attaque), il ne pense pas à "faire" une technique, mais à devenir un canal pour le ki, comme le Hotou canalise le flux céleste.
- 2. Le Jeu du Yin-Yang (Taì Yì) : Naviguer dans la Dualité
-
Symbolique dans l’aïkido
- Le Taì Yì représente le jeu du Yin-Yang, la dualité en mouvement, la manifestation dans ses cycles et ses oppositions.
- En aïkido, cela correspond à :
- L’interaction entre tori et aïté : L’attaque (Yin) et la réponse (Yang), l’avancée et le recul, la force et la souplesse.
- Les principes de irimi (entrer) et tenkan (tourner) : Deux mouvements fondamentaux qui illustrent la complémentarité des opposés. Les 2 faces d'une même chose comme le démontre Alain Peyrache sensei dans ses cours
- L’adaptation constante : l'adéquation des limites Le pratiquant doit sentir le déséquilibre de l’autre et y répondre de manière fluide, comme le Yin-Yang s’ajustent sans cesse.
- Pratique concrète
-
- Sentir le ki de l’autre : Le pratiquant doit percevoir l’intention et l’énergie de aïté, comme on sent le changement des saisons (Yin-Yang).
- Ki no nagare et ki musubi utiliser la force de l’autre : En aïkido, on ne s’oppose pas à la force, on la guide, on la retourne, comme le Taì Yì montre que chaque extrême contient le germe de son opposé.
- Circularité et spirale : Les mouvements en spirale (comme tenkan) reflètent le cycle du Yin-Yang, où tout revient à son point de départ sous une forme transformée.
- Circularité : rien de droit dans l'univers Les mouvements en cercle (comme tenkan) reflètent le cycle du Yin-Yang, où tout revient à son point de départ sous une forme transformée.
- Exemple technique : Dans une projection comme shihonage (四方投げ), nage utilise la force de aïté pour le déséquilibrer, puis le guide en spirale, illustrant la transformation du Yin (l’attaque) en Yang (la projection). La manifestation qui retourne au un (té).
- 3. L’Articulation Hotou / Taì Yì dans la Pratique
-
a. De l’Unité à la Dualité
- Avant le contact : Le pratiquant est dans l’état Hotou, centré, relié au flux vertical, prêt à accueillir l’attaque sans jugement.
- Au contact : Il passe dans le Taì Yì, entre dans le jeu du Yin-Yang, sent la direction, l’énergie, le déséquilibre de aïté.
- Pendant la technique : Il maintient la connexion au Hotou (son centre, sa respiration) tout en naviguant dans le Taì Yì (la dualité de l’attaque/défense).
- b. La Technique comme Métaphore Cosmique
-
- Le cercle central du Hotou : C’est le hara (ventre), le centre de gravité du pratiquant, son ancrage.
- Les cercles concentriques : Ce sont les sphères d’énergie autour de lui, son ki qui s’étend et interagit avec celui de aïté.
- La "bouche" : C’est le moment où le pratiquant "nomme" la technique, la manifeste, mais sans s’y attacher, comme le Tao se manifeste sans se limiter.
- Exemple avancé : Un maître d’aïkido, en déviant une attaque, ne pense pas à "faire" ikkyo ou nikkyo, mais à devenir le mouvement lui-même, comme le Hotou devient Taì Yì sans perdre sa connexion à la source.
- 4. La Pratique comme Voie Spirituelle
-
a. Le Do (道) de l’Aïkido
- Hotou : Rappelle que la pratique martiale est une voie (do) vers la réalisation de soi, la connexion à l’universel.
- Taì Yì : Rappelle que cette voie passe par la maîtrise des opposés, la transformation de soi et de l’autre.
-
b. La Non-Dualité en Action
- Le pratiquant avancé cherche à dépasser la dualité (victoire/défaite, force/faiblesse) pour atteindre l’harmonie (aiki), comme le Hotou dépasse le Taì Yì tout en l’incluant.
- Citation de Morihei Ueshiba : « L’aïkido est la voie de l’harmonie des énergies du ciel et de la terre. »
- Pour conclure :
-
- Le pratiquant d’aïkido, en s’entraînant, cherche à incarner
le Hotou (la connexion à la source) tout en jouant avec le Taì Yì
(la dualité du
combat).
C’est cette danse entre l’absolu et le relatif qui fait de l’aïkido bien plus qu’un art martial : une voie de transformation et d’harmonisation avec le monde.
- Le pratiquant d’aïkido, en s’entraînant, cherche à incarner
le Hotou (la connexion à la source) tout en jouant avec le Taì Yì
(la dualité du
combat).
8. Les émotions et l'énergie (ki)
-
- En médecine orientale, le corps et l’esprit ne forment qu’un seul ensemble , différencié par des couches plus ou moins profondes. L’esprit, moins matérialisé, représente la couche la plus subtile et la plus yin.
- Les énergies circulent à travers les organes, chaque organe ou viscère générant une forme particulière de psychisme — ce qu’on appelle les « entités viscérales ».
- Les émotions ne sont donc pas séparées du physique : elles sont directement liées à l’énergie de l’organe correspondant.
- Cette approche contraste avec la vision occidentale, qui distingue corps et esprit, et attribue au cerveau le rôle de gestionnaire central.
- Lorsque les émotions deviennent excessives, qu’elles soient positives ou négatives, elles perturbent l’équilibre énergétique.
- Les organes associés, touchés par ce déséquilibre, peuvent alors dysfonctionner, favorisant l’apparition de maladies, parfois graves.
-
**Les sept émotions et leurs organes associés :**
- La joie → le cœur
- La colère → le foie
- L’anxiété et la tristesse → le poumon
- Les soucis → la rate
- La peur → les reins
L’excès émotionnel, en blessant les organes, peut ainsi devenir une source de pathologie.
- Émotions en aïkido traditionnel et un combat réel
-
- L’aïkido traditionnel est une discipline martiale japonaise qui se distingue par son approche non violente, axée sur la maîtrise de soi, l’harmonie avec l’énergie de l’adversaire (aiki), et le développement personnel.
- Les émotions ressenties lors de la pratique traditionnelle diffèrent souvent de celles éprouvées dans un combat réel, pour plusieurs raisons :
-
La pratique de l’aïkido traditionnel, en particulier dans son orientation
spirituelle et éthique (souvent liée à la vision du fondateur Morihei Ueshiba,
ou « O-Sensei »), vise à transcender les émotions de conflit, de peur ou de
colère, afin de cultiver la paix intérieure, la présence et l’harmonie.
Cela crée un contraste marqué avec les émotions que l’on peut éprouver dans un combat réel.
- Émotions en aïkido traditionnel
-
-
Calme et concentration :
La pratique met l’accent sur la respiration, la fluidité des
mouvements et la présence à l’instant. Cela favorise un état de calme et de
concentration profonde.
L’aïkido traditionnel insiste sur la respiration (kokyū), la posture (shisei) et la présence mentale (zanshin). Le pratiquant est invité à demeurer centré, calme, même face à l’attaque.
L’entraînement vise à dissoudre les réactions émotionnelles impulsives (peur, colère, agressivité) au profit d’une réponse fluide, non opposante. -
Confiance et humilité :
L’aïkido enseigne à accueillir l’attaque de l’autre sans opposition
frontale, ce qui développe la confiance en soi et en ses capacités, tout en
cultivant l’humilité face à l’apprentissage continu.
L’émotion dominante est souvent la sérénité, parfois mêlée de frustration (lorsqu’on peine à maîtriser une technique), mais toujours dans un cadre sécurisant. - Respect et connexion : Le travail en duo (uke et nage) crée une relation de respect mutuel et de connexion avec le partenaire, souvent source de satisfaction et de gratitude.
- Joie et sérénité : La beauté des mouvements, la sensation d’harmonie et la progression technique procurent souvent un sentiment de joie et de sérénité.
-
Éveil spirituel ou introspection
Dans les dojos les plus traditionnels, l’aïkido est perçu comme une voie (dō),
non comme un simple art martial.
Cela peut susciter des émotions liées à la quête de soi :
humilité, émerveillement, paix intérieure, ou même émotion spirituelle. - Joie de la réussite du mouvement Lorsque la technique « fonctionne » en harmonie avec le partenaire, il peut naître un sentiment de grâce, de fluidité ou d’efficacité pacifique, très différent du triomphe agressif.
-
Calme et concentration :
La pratique met l’accent sur la respiration, la fluidité des
mouvements et la présence à l’instant. Cela favorise un état de calme et de
concentration profonde.
- Émotions en combat réel
-
- Stress et peur : La menace réelle active les mécanismes de survie, ce qui peut générer de la peur, de l’adrénaline, et un stress intense.
- Agressivité et réaction instinctive : En situation de danger, les réactions instinctives (fuite, combat, inhibition) peuvent prendre le dessus, avec une montée d’agressivité ou de panique.
-
Incertitude et pression :
L’imprévisibilité d’un combat réel crée une pression psychologique
forte, différente de la pratique codifiée du dojo.
La peur de se faire mal ou de perdre le contrôle domine souvent. - Colère ou haine Si l’agression est perçue comme injuste ou violente, la réponse émotionnelle peut inclure de la colère, voire un désir de vengeance.
- Ces émotions sont absentes ou délibérément déprogrammées dans l’aïkido traditionnel.
- Désorientation ou paralysie
Contrairement à l’entraînement structuré, un vrai combat est chaotique,
imprévisible.
Cela peut provoquer de la confusion, de la surprise, voire une paralysie émotionnelle - Si la personne est désarmée, prise au dépourvu ou dominée, elle peut éprouver de la honte, de l’impuissance ou de la culpabilité.
- Différences clés
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- Contexte : L’aïkido traditionnel se pratique dans un cadre sécurisé et ritualisé, où l’objectif n’est pas de vaincre, mais de progresser ensemble. Le combat réel est imprévisible et potentiellement dangereux.
- Objectif : En aïkido, on cherche à neutraliser sans blesser, à protéger l’autre et soi-même. En combat réel, l’enjeu est souvent la survie ou la victoire à tout prix.
- Gestion des émotions : L’aïkido apprend à canaliser ses émotions, à rester centré et à agir avec justesse. En combat réel, la gestion des émotions est souvent plus difficile, car les enjeux sont immédiats et vitaux.
- L’aïkido traditionnel ne simule pas un combat réel, mais une voie de transformation personnelle : on y apprend à gérer ses propres émotions plutôt qu’à infliger du dommage.
- Le combat réel, lui, est régi par l’instinct de survie, la peur et la nécessité d’agir rapidement, souvent sans maîtrise émotionnelle.
- Citation de Morihei Ueshiba : « L’aïkido est l’art de la paix. Celui qui veut vaincre les autres n’a pas compris l’aïkido. »
- Conclusion
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- L’aïkido traditionnel offre un espace pour travailler sur soi, transformer la peur en calme, et l’agressivité en harmonie.
- Les émotions y sont souvent positives et constructives, Bienveillante et empathique.
- En combat réel, les émotions sont à l'opposé : plus intenses, moins maîtrisables, et souvent liées à la survie.
- La pratique régulière de l’aïkido peut cependant aider à mieux gérer ces émotions en situation réelle, grâce à la maîtrise de soi et à la confiance acquise.
- Oui, les émotions ressenties en aïkido traditionnel sont radicalement différentes de celles vécues dans un combat réel.
- L’entraînement vise précisément à transformer la relation à ces émotions, en les apaisant, en les intégrant, voire en les dépassant — non pas pour mieux se battre, mais pour ne plus avoir besoin de se battre. C’est en cela que l’aïkido se distingue des arts martiaux orientés vers le combat ou la compétition.
9. Qu’est-ce qui définit vraiment l’aïkido “traditionnel” ?
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Un débat central dans le monde de l’aïkido : qu’est-ce qui définit vraiment l’aïkido
“traditionnel” ?
Et surtout, peut-on revendiquer cette étiquette sans lignée directe jusqu'au fondateur,
sans hiérarchie claire,
ou en utilisant la tradition comme un simple décor pour faire autre chose ? -
1. L’aïkido traditionnel : une question de lignée et de transmission
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- Définition :
L’aïkido traditionnel se réclame d’une
transmission directe depuis Morihei Ueshiba, via ses élèves directs
(comme Nobuyoshi Tamura, etc.), puis leurs propres disciples 'Alain Peyrache
sensei...'.
Cette lignée garantit la fidélité à l’enseignement originel. -
Critères :
- Hiérarchie claire : Un maître reconnu, des grades et diplômes de cette lignée, une structure de dojo respectée.
- Enseignement codifié : Les techniques, l’étiquette, la philosophie sont transmises sans déformation majeure, ni fonctionnement purement local.
- Respect des rituels : Saluts, place dans le dojo, rôle des uchi deshi, etc.
- Problème :
Sans cette lignée, on peut enseigner des mouvements
inspirés de l’aïkido, mais pas prétendre à la tradition.
C’est comme apprendre le français sans jamais avoir lu un livre français ou parlé à un Francophone.
- Définition :
L’aïkido traditionnel se réclame d’une
transmission directe depuis Morihei Ueshiba, via ses élèves directs
(comme Nobuyoshi Tamura, etc.), puis leurs propres disciples 'Alain Peyrache
sensei...'.
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2. L’aïkido “autrement” : innovation ou dérive ?
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- On ne peut pas prétendre à la tradition orientale Millénaire et modifier celle-ci par des adaptations modernes qui n'auront plus court très rapidement comme tout ce qui est à la mode
- Dérives :
- Auto-proclamation : Des enseignants sans grade ni diplôme de la filiation tradtionnel reconnus, sans lien avec une école martiale sérieuse, qui inventent leur propre “aïkido”.
- Souvent une caricature un copier/coller d'école sérieuse comme EPA-ISTA
- Pseudo-démocratie : Des dojos où tout le monde décide de tout, sans respect de la hiérarchie ou de l’étiquette, pour exhiber leur originalité, démontrant par la même leur ignorance et leur incompétence. Pourquoi rejoindre de tels gens quand on peut le faire tout seul ?
- Tradition comme décor : Utiliser les termes (“maître”, “dojo”, “uchi deshi”) sans en comprendre le sens profond, pour donner une illusion de légitimité. Par rapport au modernisme tradition ça fait sérieux, donc même si on n'a rien de traditionnel on utilise le terme pour piéger d'éventuelles victimes.
- « Ne respectant pas le fonctionnement traditionnel, certains chercheront à qualifier leur pratique de “différente” ou “autrement”, mais il est évident que dès lors qu’on s’éloigne de la tradition, on ne peut plus prétendre la suivre véritablement. ». Juste du bon sens.
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De nombreux exemples :
Un dojo où les élèves votent pour choisir les techniques du jour, où le
“professeur” n’a jamais été uchi deshi ni reçu de grade ou diplôme de la lignée
Ueshiba, et où
l’on mélange aïkido, yoga et arts martiaux hybrides…
Une idée typiquement occidentale destiné à des consommateurs sportifs, mais ce n’est pas de l’aïkido traditionnel.
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3. Incompétence et ignorance : comment les repérer ?
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- Signes d’alerte :
- Absence de lignée claire : Impossible de retracer l’enseignement jusqu’à Ueshiba ou ses élèves directs.
- Grades auto-attribués : Des ceintures noires et diplômes “maison”, sans reconnaissance de la lignée Ueshiba.
- Refus de l’autorité : “Chez nous, tout le monde est égal”, “On n’a pas besoin de maître”, “La tradition est dépassée”, on fait ce qu'on veut avec qui on veut (démocratie) etc.
- Enseignement flou : Pas de progression technique claire, mélange de styles sans cohérence, absence de références aux principes de base de l’aïkido (irimi, tenkan, kokyu, etc.).
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« L’aïkido n’est pas une question d’opinion personnelle. C’est une voie qui se transmet de maître à disciple. »
— Citation de Morihei Ueshiba :
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4. Pourquoi cette confusion existe-t-elle ?
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- Effet de mode : L’aïkido attire des gens en quête de spiritualité ou de “développement personnel”, qui rejettent la rigueur traditionnelle.
- Manque d’information : Beaucoup de débutants ne savent pas comment vérifier la légitimité d’un enseignant.
- Égo et pouvoir : Certains profitent de l’ignorance des élèves pour s’auto-proclamer “maîtres”.
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5. Que faire en pratique ?
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- Vérifier la lignée : Demander à l’enseignant qui était son maître, et remonter jusqu’à Ueshiba. Un vrai dojo traditionnel affiche cette filiation.
- Observer l’étiquette : Dans un dojo traditionnel, la place de chacun, les salutations, le respect des grades sont stricts.
- Se méfier des discours : “Chez nous, c’est différent”, “La tradition est une prison”… sont des drapeaux rouges.
- Consulter et vérifier : les écoles martiales, auprès des maitres concernés de la lignée Ueshiba qui servent de caution à leur insu, vous risquez alors d'avoir des surprises si vous le faite.
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En résumé :
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- Prétendre faire de l’aïkido traditionnel sans lignée, sans hiérarchie, ou en utilisant la tradition comme un simple décor, c’est comme jouer du Mozart sans jamais avoir appris le solfège.
- La tradition n’est pas un costume, c’est une transmission vivante.
10. L'homme debout entre ciel et terre ?
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dimension symbolique et philosophique profonde de l’aïkido traditionnel, inspirée de la
pensée orientale (notamment japonaise et chinoise) sur l’équilibre entre Ciel, Terre et
Homme.
Voici une explication simple et concrète de ces concepts, liés aux différentes formes de pratique en aïkido : -
1. L’Homme entre Ciel et Terre
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Dans la tradition orientale, l’être humain est vu comme un pont entre :
- Le Ciel (天, Ten) : symbole de l’esprit, de l’énergie (ki), de l’infini, du cercle (⭕).
- La Terre (地, Chi) : symbole du corps, de la matière, du carré (□), de la stabilité.
- L’Homme (人, Jin) : symbole de l’équilibre, du mouvement, du triangle (△).
- En aïkido, cette vision se retrouve dans les trois grandes formes de pratique :
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2. Les trois formes de pratique en aïkido et leur symbolique
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Suwari waza (座技) – Techniques à genoux (Terre, carré, chiffre 2)
- Posture : On pratique assis en seiza (à genoux), près du sol.
- Symbole : La Terre (stabilité, racine, matière).
- Chiffre : 2 (paire, dualité, multiple, carré = 4 côtés = 2×2).
- Signification :
- Pratiquer près du sol, c’est se relier à la Terre, à la base, à la stabilité.
- Le carré représente la matière, la limite, la structure.
- C’est la forme la plus “lourde”, la plus ancrée.
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b. Hanmi handachi waza (半身半立技) – Techniques aïte debout tori à genou
(Homme, triangle, chiffre 3)
- Posture : Un genou à terre, l’autre pied debout (hanmi = position naturelle).
- Symbole : L’Homme (équilibre entre Ciel et Terre, mouvement, adaptation).
- Chiffre : 3 (triangle = 3 côtés, impair, unité dans la diversité).
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Signification :
- Position intermédiaire : ni tout à fait debout, ni tout à fait à terre.
- Le triangle représente l’équilibre, la dynamique, la capacité à s’adapter.
- C’est la forme la plus “humaine”, celle de l’action juste.
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c. Tachi waza (立技) – Techniques debout
(Ciel, cercle, chiffre 1)
- Posture : Debout, en mouvement, libre.
- Symbole : Le Ciel (énergie, fluidité, infini).
- Chiffre : 1 (unité, cercle = sans début ni fin, impair).
- Signification :
- Debout, on est proche du Ciel, de l’énergie (ki), de la liberté.
- Le cercle représente l’harmonie, le flux, l’unité.
- C’est la forme la plus “légère”, la plus proche de l’esprit.
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3. La réduction symbolique : du multiple à l’unité
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- Suwari waza (2, carré) → Hanmi handachi (3, triangle) → Tachi waza (1,
cercle) :
Ce parcours représente une progression :- On commence par la Terre (stabilité, base).
- On passe par l’Homme (équilibre, adaptation).
- On atteint le Ciel (unité, fluidité).
- Le compas :
Le cercle (Tachi waza) est tracé par le compas, qui a un pied fixe (la Terre) et un pied qui tourne (le Ciel).
L’Homme est la main qui guide le compas. - En pratique :
Un débutant en aïkido commence souvent par suwari waza pour apprendre la stabilité, puis passe à hanmi handachi pour travailler l’équilibre, et enfin à tachi waza pour maîtriser le mouvement fluide.
- Suwari waza (2, carré) → Hanmi handachi (3, triangle) → Tachi waza (1,
cercle) :
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4. Pourquoi ces symboles ?
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- Équilibre : L’aïkido cherche à harmoniser Ciel, Terre et Homme.
- Pédagogie : Ces formes permettent de travailler progressivement toutes les dimensions du corps et de l’esprit.
- Philosophie : Cela rappelle que l’être humain est un lien entre la matière et l’esprit, entre la stabilité et le mouvement.
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- Suwari waza = Terre (carré, 2) → stabilité.
- Hanmi handachi = Homme (triangle, 3) → équilibre.
- Tachi waza = Ciel (cercle, 1) → unité.
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C’est une façon de pratiquer physiquement ce que la tradition
orientale exprime philosophiquement :
l’homme debout entre Ciel et Terre.